
Je buvais du vin blanc et j’étais un peu mal à l’aise parce que je ne connaissais pas grand monde dans cette fête avec piscine, jolies filles et vedettes de cinéma. Pour ce qui est des filles j’avais remarqué que deux-trois d’entre elles m’avaient regardé quand je suis arrivé avec mon ami producteur, mais vite elles ont conclu qu’il y avait d’autres centres d’intérêt dans cette fête, et dans la vie en général. Je n’ai jamais été le centre d’intérêt de ce genre d’événement, et j’ai épousé les deux femmes pour lesquelles j’ai été un centre d’intérêt éphémère. Au bord de la piscine il y avait des hommes, des vrais, qui ont de l’assurance, de l’argent, et savent faire rire l’audience. Elles ont donc détourné leur joli regard vers ce qu’elles espéraient être leur avenir, et moi j’ai pu m’asseoir dans un coin un peu isolé, à côté d’un assistant boutonneux et d’une script qui avait un peu trop bu. Mon ami producteur a commencé à faire le tour des invités, et lorsqu’il était assis à une table en face de trois jolies filles j’ai remarqué avec stupeur, mais aussi avec une certaine satisfaction, que toutes les trois se penchaient et se décalaient pour me regarder. J’ai donc conclu que mon ami parlait de moi. Qu’est-ce qu’il pouvait bien leur dire pour qu’elles me regardent ?
Ce n’est que dix minutes plus tard que j’ai commencé à paniquer. L’une des trois filles s’est levée. C’était de loin la plus belle. Elle avait des yeux de chat, une robe d’été qui lui allait bien, et des petits talons comme j’aime. Elle s’est assise à côté de moi et a commencé à parler à un directeur photo un peu blasé qui lui répondait à peine. La conversation avait du mal à prendre. Au but de quelques minutes elle se tourne vers moi et me regarde dans les yeux.

- Faisons connaissance. Je suis Daniela.
Mon cœur s’est emballé tout d’un coup et j’ai senti que mes mains devenaient moites. Je lui ai donc vite serré la main.
- Bonsoir Daniela, je suis Ionut.
Elle était grande, magnifique, et comédienne. Elle me regardait avec ses beaux yeux, et me disait que notre ami producteur lui a raconté que j’étais en train d’écrire un scénario, dans lequel il y avait un rôle pour une jeune femme.
J’étais aux anges. Quelle bonne idée j’avais eu quand j’ai décidé d’écrire ce scénario. Je n’avais jamais imaginé que ça allait me permettre de rencontrer des femmes aussi belles. J’ai tout de suite décidé d’écrire des scénarii le reste de ma vie. Surtout des histoires dans lesquelles il y a au moins un rôle important pour une belle femme. Si j’avais commencé à écrire en sortant de l’adolescence, au lieu de travailler pour être bon à l’école, je suis persuadé que ma vie aurait pris un tournant complètement différent. Enfin, bref.
Sous le charme, j’écoutais ce que me disait Daniela. Mais je sentais bien que le directeur photo et un comédien sympathique assis à côté de lui se donnaient des coups de coude en pouffant de rire. Pourquoi ? La discussion tournait autour du scénario, et d’une scène dans laquelle le personnage devait danser un peu dénudé devant un parterre d’ouvriers au chômage. Enfin, du nouveau cinéma roumain. J’ai demandé à Daniela si elle pensait qu’une femme ferait ça, et pourquoi. Elle m’a répondu que ça serait peut-être mieux qu’elle se déshabille vraiment, mais qu’on ne voie pas grand-chose. Ce qui est une très bonne remarque. Bref, rien de comique, rien qui fasse rire un directeur photo à la soixantaine ronchonne ou un comédien qui pèse vingt kilos de trop. Même s’ils avaient déjà bien bu.
Au bout d’un petit quart d’heure Daniela a décidé de rentrer. Je l’ai regardée onduler vers la sortie, j’ai vidé mon verre de blanc et je me suis resservi un autre, puis je me suis tourné vers le chef-op prêt à en découdre.
- Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?
- Bonsoir Daniela, je suis Ionut… Ha, ha, ha ! Tu ne sais pas qui c’est ?
- Non, j’ai répondu. C’est qui ?
- Daniela Nane, une star. Elle est comédienne dans un des grands théâtres de Bucarest. Elle a joué Shakespeare, Tchekov et tout ce que tu veux. Elle a fait aussi du cinéma et une série télé. Ici elle ne peut pas marcher tranquille dans la rue sans que les paparazzis la pourchassent. Bonsoir Daniela… Je suis Ionut. Ha, ha, ha !
Aujourd’hui je continue à écrire ce scénario. Il est presque fini. Le personnage s’appelle Manuela. Et si je l’appelais Daniela ? Je trouve que c’est mieux. En plus ça va me rappeler ma rencontre au bord de la piscine. Oui, Daniela sonne mieux. Je vais changer. J’aurais du lui demander son numéro de téléphone.